Introduction

La rémunération du gérant d’une SCI n’a rien d’obligatoire : la loi laisse les associés entièrement libres de la prévoir ou non, et d’en fixer le montant. Mais ce choix n’est pas neutre : il emporte des conséquences sociales et fiscales qu’il vaut mieux anticiper, et que cet article détaille point par point.

rémunératio gérant de SCI


Qu’est-ce qu’une SCI ? Définition et usages courants

La société civile immobilière est une société civile dont l’objet est immobilier. Elle a pour but d’acquérir ou de faire construire un ou plusieurs immeubles, de les gérer et de les administrer.

Elle est régie par les articles 1845 et suivants du Code civil et acquiert la personnalité morale à compter de son immatriculation au (RCS) : c’est donc la société (et non les associés), qui est propriétaire des biens, les associés détenant en contrepartie des parts sociales proportionnelles à leurs apports.

Une condition est essentielle : l’objet de la société doit rester civil. L’activité principale de la SCI doit être civile (par exemple la location d’immeubles nus) et non commerciale (achat d’immeubles en vue de leur revente, location de meublés, ou location de gîtes incluant des services de type hôtelier).

En pratique, la SCI est utilisée pour plusieurs finalités :

  • Détenir et gérer un bien à plusieurs.
  • Organiser et transmettre un patrimoine familial.
  • Protéger le patrimoine en cas de mésentente.

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Quelle gestion en SCI ?

La gestion de la société est confiée à un gérant.

Aux termes de l’article 1846 du Code civil, la société est gérée par une ou plusieurs personnes, associées ou non, nommées soit par les statuts juridiques, soit par un acte distinct, soit par une décision des associés.

Ce point est important pour la suite : le gérant peut être lui-même associé ou totalement extérieur à la société, et cette distinction conditionne directement son régime social et fiscal.

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La rémunération du gérant en SCI

Le gérant assume plusieurs missions : il représente la société, accomplit les actes de gestion courante, tient la comptabilité et rend compte aux associés.

Sur la question de sa rémunération, le Code civil ne prévoit aucun texte spécifique fixant ou rendant obligatoire la rémunération du gérant d’une société civile.

En l’absence de clause statutaire ou de décision des associés sur ce point, le gérant exerce ses fonctions à titre gratuit. C’est d’ailleurs le cas le plus fréquent, notamment dans les SCI familiales et patrimoniales où la gestion est assurée bénévolement.

Pourquoi la question de la rémunération se pose en SCI particulièrement ?

La question se pose plus particulièrement en SCI en raison de la vocation de cette structure : c’est avant tout un outil patrimonial, particulièrement indiqué pour gérer un patrimoine familial et en faciliter la transmission.

Créée le plus souvent entre proches pour détenir des biens immobiliers, la SCI a besoin d’un gérant surtout pour une raison pratique : disposer d’une personne identifiée pour représenter la société et prendre les décisions courantes.

Mais cette fonction ne correspond pas toujours à un travail réel justifiant une contrepartie financière. C’est pourquoi le gérant, souvent l’un des associés, l’exerce fréquemment à titre gratuit, contrairement à une société d’exploitation où la rémunération du dirigeant accompagne une activité professionnelle à temps plein.

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Les conséquences de la rémunération du gérant

La difficulté tient au fait que le choix de rémunérer ou non le gérant n’est pas neutre : il emporte des conséquences sur trois plans qu’il faut anticiper.

  • Sur le plan social. Un gérant non rémunéré ne relève d’aucun régime social au titre de son mandat et ne bénéficie donc d’aucune protection à ce titre. Dès lors qu’une rémunération est versée, des cotisations deviennent dues, et le régime applicable dépend de la situation du gérant (associé ou non, présence ou non d’un lien de subordination).
  • Sur le plan fiscal. La déductibilité de la rémunération et sa catégorie d’imposition varient selon que la SCI relève de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés, et selon le statut du gérant.
  • Sur le plan de la gestion. Le montant ne doit pas être excessif au regard des fonctions réellement exercées, faute de quoi la fraction excessive risque de ne pas être admise en déduction.

Les associés disposent donc d’une réelle liberté pour décider d’attribuer ou non une rémunération et pour en fixer le montant, généralement via les statuts ou une décision d’assemblée générale.

Quelles sont les options pour rémunérer le gérant en SCI ?

Les associés disposent de deux grandes options : laisser le gérant exercer gratuitement, ou lui attribuer une rémunération.

La gratuité

C’est la situation par défaut et la plus répandue, faute de tout texte du Code civil imposant de rémunérer le gérant d’une société civile.

Le gérant assume alors son mandat sans contrepartie financière, ce qui suffit dans la plupart des SCI familiales où la gestion reste légère.

À noter : un gérant qui est aussi associé continue, dans tous les cas, de percevoir sa quote-part des résultats (revenus fonciers ou dividendes selon le régime fiscal), qui n’est pas une rémunération de gérance mais le simple rendement de ses parts.

La rémunération

Les associés sont libres d’attribuer une rémunération au gérant et d’en fixer le montant. Cette décision relève toujours du collectif des associés : le gérant, même associé, ne peut pas s’attribuer seul sa propre rémunération.

La formalisation de la rémunération

La rémunération doit être prévue par écrit, soit dans les statuts (dès la création ou dans le procès-verbal de nomination de gérant SCI annexé), soit par une décision des associés réunis en assemblée générale en cours de vie sociale.

Attention :

Inscrire la rémunération directement dans les statuts la rend plus rigide : toute modification ultérieure supposera une assemblée générale extraordinaire et une modification statutaire. À l’inverse, une décision qui ne modifie pas les statuts est prise en assemblée générale ordinaire, ce qui permet d’ajuster le montant avec plus de souplesse d’une année sur l’autre.

En pratique, beaucoup de SCI privilégient donc la décision d’assemblée plutôt que la clause statutaire.

Les modalités de rémunération

Aucun minimum n’est imposé : la rémunération peut être fixe, variable, ou proportionnelle au résultat de la société.

Seule limite à respecter, déjà évoquée : elle ne doit pas être excessive au regard des fonctions réellement exercées, sous peine de voir la fraction excessive refusée en déduction.

NB : Pour un gérant associé, rémunération de gérance et dividendes sont deux choses distinctes et cumulables : la première rétribue le travail de gestion, les seconds rémunèrent la détention de parts. Un gérant associé peut donc ne percevoir que des dividendes (gérance gratuite), seulement une rémunération, ou les deux.

Le régime social du gérant d’une SCI

À savoir : Le régime social du gérant de SCI ne repose sur aucun texte spécifique : les règles ci-dessous traduisent la pratique constante de l’administration et des organismes sociaux, appréciée au cas par cas selon la situation réelle du gérant. En cas de doute, l’appui d’un expert-comptable est recommandé.

Le régime social du gérant dépend de deux questions, dans cet ordre :

  1. Perçoit-il une rémunération ?
  2. Est-il associé de la SCI ? Le nombre de parts qu’il détient, lui, est sans incidence.

Le gérant non rémunéré

Lorsque le gérant, qu’il soit associé ou non, ne perçoit aucune rémunération au titre de son mandat, il n’a à s’affilier à aucun organisme et n’a aucune cotisation sociale à régler, faute de revenu.

En contrepartie, il ne bénéficie d’aucune protection sociale au titre de ses fonctions de gérant. C’est la situation la plus courante en SCI familiale.

Le gérant associé rémunéré

Lorsqu’un gérant associé perçoit une rémunération, il relève en principe du régime des travailleurs non-salariés (TNS).

Il est alors affilié à la Sécurité sociale des indépendants, gérée par l’URSSAF. Cette qualification de TNS s’applique quel que soit le nombre de parts détenues : il n’y a pas, en SCI, de notion de gérant majoritaire ou minoritaire comme en SARL.

Le gérant non associé rémunéré

Lorsque le gérant rémunéré n’est pas associé, son régime dépend de l’existence d’un lien de subordination avec la SCI :

  • S’il existe un lien de subordination, le gérant relève du régime général de la Sécurité sociale et bénéficie d’une protection comparable à celle d’un salarié (maladie, retraite, prévoyance). En revanche, il ne cotise pas à l’assurance chômage au titre de son mandat et n’en bénéficie donc pas en principe, sauf à justifier d’un véritable contrat de travail distinct, reconnu comme tel par France Travail.
  • En l’absence de lien de subordination, il est traité comme un travailleur indépendant et relève du régime des travailleurs non-salariés (TNS), comme le gérant associé rémunéré.

En résumé

Situation du gérantRégime social
Non rémunéré (associé ou non)Aucun régime, aucune cotisation, aucune protection au titre du mandat
Associé rémunéréTravailleurs non-salariés (TNS) – Sécurité sociale des indépendants
Non associé rémunéré, avec lien de subordinationAssimilé-salarié – régime général (sans assurance chômage, sauf contrat de travail distinct reconnu par France Travail)
Non associé rémunéré, sans lien de subordinationTravailleurs non-salariés (TNS)

Le régime fiscal de la rémunération du gérant d’une SCI

La fiscalité de la rémunération se lit sur deux plans :

  1. Sa déductibilité au niveau de la SCI ;
  2. Son imposition entre les mains du gérant qui la perçoit.

Les deux dépendent du régime fiscal de la société (IR ou IS) et de la qualité du gérant (associé ou non).

Lorsque la SCI relève de l’impôt sur le revenu (IR)

La SCI à l’IR est fiscalement « translucide » : elle ne paie pas l’impôt elle-même. Le résultat est imposé directement entre les mains des associés, qui déclarent leur quote-part dans la catégorie des revenus fonciers.

Dans ce cadre, la rémunération versée au gérant associé n’est pas déductible du résultat de la SCI : elle est regardée comme une simple modalité de répartition du bénéfice (une avance sur sa quote-part) et reste imposée chez lui en revenus fonciers.

Pour un gérant non associé, le traitement est plus délicat et mérite l’avis d’un professionnel : sa rémunération est en principe imposée dans la catégorie des traitements et salaires s’il existe un lien de subordination, et dans celle des bénéfices industriels et commerciaux (BIC) en l’absence d’un tel lien, avec des conséquences variables sur la déductibilité.

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NB : Nous vous conseillons de consulter un un expert-comptable sur ce point. Une étude de votre situation personnelle permettra de vous conseiller sur les meilleures options et optimisations à mettre en place.

Lorsque la SCI relève de l’impôt sur les sociétés (IS)

La SCI à l’IS acquitte elle-même l’impôt sur son bénéfice. La rémunération du gérant y est déductible du résultat, qu’il soit associé ou non — à la condition essentielle qu’elle corresponde à un travail effectif et ne soit pas excessive au regard des fonctions exercées et des capacités de la société.

Côté gérant, l’imposition diffère selon sa qualité :

  • Gérant associé : sa rémunération relève de l’article 62 du CGI. Son montant imposable est déterminé selon les règles applicables aux traitements et salaires, avec la possibilité de la déduction forfaitaire de 10 % ou des frais réels sur justificatifs, après déduction des cotisations sociales obligatoires.
  • Gérant non associé : sa rémunération est imposée en traitements et salaires (lien de subordination) ou en BIC (à défaut), selon la même logique qu’à l’IR.

En résumé

Régime de la SCIGérantDéductibilité au niveau de la SCIImposition chez le gérant
IRAssociéNon déductibleRevenus fonciers
IRNon associéVariable selon qualificationTraitements et salaires (subordination) ou BIC
ISAssociéDéductible (si non excessive)Article 62 du CGI (règles des traitements et salaires)
ISNon associéDéductible (si non excessive)Traitements et salaires (subordination) ou BIC

FAQ sur la rémunération du gérant en SCI

Le gérant peut-il fixer lui-même sa rémunération ?

Non. La décision relève toujours du collectif des associés, qu’elle figure dans les statuts ou résulte d’une assemblée générale. Même un gérant associé ne peut pas s’attribuer seul sa rémunération.

Le gérant de SCI reçoit-il un bulletin de paie ?

Cela dépend de son régime. Un gérant assimilé-salarié (non associé, avec lien de subordination) reçoit un bulletin de paie. Un gérant relevant du régime des travailleurs non-salariés (TNS) n’en reçoit pas : sa rémunération n’est pas un salaire au sens du droit du travail.

Vaut-il mieux se verser une rémunération ou des dividendes ?

Il n’existe pas de réponse unique : tout dépend du régime fiscal de la SCI (IR ou IS), du statut du gérant, du besoin de protection sociale et du niveau de charges. Une rémunération génère des cotisations mais ouvre des droits et peut être déductible à l’IS ; les dividendes suivent une logique différente.

Que se passe-t-il si la rémunération est jugée excessive ?

Elle ne doit pas dépasser ce que justifient les fonctions réellement exercées et les capacités financières de la société. À l’impôt sur les sociétés, la fraction excessive risque d’être réintégrée au résultat et refusée en déduction. D’où l’intérêt de fixer un montant cohérent avec le travail accompli.

Une SCI familiale peut-elle rémunérer son gérant ?

Oui, rien ne l’interdit. En pratique, la gestion d’une SCI familiale étant souvent légère, le gérant exerce fréquemment à titre gratuit. Mais si ses fonctions justifient une contrepartie, les associés sont libres de décider d’une rémunération dans les mêmes conditions que dans toute autre SCI.

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Sommaire
  • Qu'est-ce qu'une SCI ? Définition et usages courants
  • Quelle gestion en SCI ?
  • La rémunération du gérant en SCI
  • Les conséquences de la rémunération du gérant
  • Quelles sont les options pour rémunérer le gérant en SCI ?
  • Le régime social du gérant d'une SCI
  • Le régime fiscal de la rémunération du gérant d'une SCI
  • FAQ sur la rémunération du gérant en SCI

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