Créer à plusieurs : avantages, inconvénients, et statut possible

Par Marie Lusset, le 03/08/2021

Lorsqu’on a un projet de création d’entreprise, une des premières questions à se poser, parallèlement à l’idée de création, et le projet en lui-même, est la question de la mise en association ou pas, la question de créer seul ou à plusieurs.

créer à plusieurs ou seul

Savoir si on crée seul ou à plusieurs est une question importante et déterminante pour votre projet. Comme toute hypothèse, créer à plusieurs comporte des avantages et des inconvénients, dont il faut avoir conscience pour prendre la décision de manière éclairée et réfléchie. Si vous optez pour une création avec plusieurs associés, la première des règles à respecter est… d’établir des règles.

Tout entrepreneur sait que la création d’une entreprise représente un travail considérable. Entre la création de la société en elle-même, avec les formalités juridiques et administratives à accomplir et le projet en tant que tel, qu’il faut créer de toute pièce, la tâche n’est pas aisée.

Les avantages de créer à plusieurs

Partager la charge de travail, les responsabilités et les interrogations

Le fait de créer à plusieurs permet dans un premier temps de répartir la charge de travail entre les deux associés, mais également le stress et la gestion des complications. En tant qu’entrepreneur, il peut être compliqué de trouver quelqu’un à qui parler et expliquer les difficultés que vous rencontrez, surtout lorsque la personne ne fait pas partie du projet. Le fait d’avoir un associé permet de ne pas se sentir seul dans son projet, et de pouvoir échanger sur les problématiques rencontrées.

Au-delà d’être un soutien en cas de problèmes rencontrés par votre entreprise, le fait de s’associer permet également d’échanger et de s’entraider dans les situations difficiles. L’association implique également de manière évidente, un partage des responsabilités. La vie d’entrepreneurs est faite de choix, plus ou moins importants, mais quasiment quotidiens. Le fait d’être plusieurs permet alors d’échanger sur ces choix, prendre du recul, et effectuer les choix de manière éclairée.

Bénéficier de ressources financières plus importantes

Lorsqu’un créateur crée seul, le montant de ses ressources financières est forcément moindre que lorsqu’il décide de s’associer. S’associer à deux ou plus, permet de mutualiser les ressources financières des associés, et ainsi bénéficier de plus de ressources. Au delà du fait que l’association permet d’avoir plus de ressources, cette dernière permet également d’être plus crédible et avoir plus de poids face aux établissements financiers, par un effet de levier plus important.

De plus, le fait de s’associer permet également de partager les responsabilités liées au projet.

Les inconvénients à créer à plusieurs

Créer à plusieurs prend plus de temps

Une des choses à savoir est également que si la création d’entreprise est assurément moins stressante, et prenante lorsqu’on crée à plusieurs, elle est aussi plus longue. En effet, toute décision devant être prise au moins à deux, voire plus en fonction du nombre d’associé dans la société, cela nécessite des discussions et que chaque associé donne son d’accord avec les autres pour pouvoir avancer. Cela peut donc représenter un inconvénient non négligeable dans certains cas.

Créer à plusieurs est plus onéreux

La création d’une société constituée de plusieurs associés implique obligatoirement la création d’une personne morale, contrairement aux entreprises créées par une seule personne physique, ne bénéficiant pas de la personnalité morale. Les sociétés bénéficiant de la personnalité morale impliquent plus de formalités de création : rédaction des statuts, dépôt du capital social en banque, publication d’une annonce dans un journal d’annonces légales… Ces formalités sont plus lourdes que la création d’une entreprise, et engendre également des coûts plus importants.

Au delà des avantages et inconvénients à créer seul, la réponse à cette question est également liée à votre personnalité. Ce qui convient à une personne ne correspond pas forcément à une autre personne. Si vous êtes de nature plutôt solitaire, ou avez du mal à travailler en groupe, l’association n’est surement pas faite pour vous.

L’aspect financier est à prendre en compte : si vous comptez vous lancer dans un projet demandant d’importants investissements financiers, le fait d’être plusieurs peut vous aider à avoir un effet de levier plus important au niveau des banques. De plus, le fait d’être plusieurs à créer une entreprise a tendance à rassurer les établissements bancaires.

En revanche, le fait de s’associer demande également un chiffre d’affaires plus important, car il va falloir que votre activité soit assez rentable pour pouvoir tirer une rémunération pour les associés. Plus vous êtes d’associé, plus le chiffre d’affaires doit donc être élevé.  En fonction de votre plan de trésorerie prévisionnel, vous devez être capable de savoir si l’association est une bonne idée, et combien d’associés peuvent être inclus dans le projet.

Créer à plusieurs, ce qu’il faut savoir

Bien choisir son associé

La première des choses à bien prendre en considération, bien qu’elle paraisse évidente, est une cause courante de fermeture de société : la mésentente entre associé. Être associé dans une société n’est pas chose simple, et beaucoup d’entrepreneurs pensent pouvoir s’associer avec des personnes avec lesquelles ils ne sont pas compatibles professionnellement. Le choix de l’associé est donc une étape primordiale.

Trop d’entrepreneurs souhaitent se lancer dans l’aventure en famille, entre ami ou encore en couple, et voient ensuite leur désaccord sur la vision du projet, l’objectif à atteindre ou la manière de gérer la société venir provoquer la fermeture anticipée de la société.

Quelques conseils pour bien choisir son associé :

  • Connaitre la personne de manière professionnelle : le fait de connaitre quelqu’un dans le contexte familial, amical ou privé ne préfigure rien la connaissance de la personne dans le milieu professionnel. Il est donc conseillé d’avoir déjà collaboré avec votre futur associé dans un cadre professionnel avant de se lancer dans l’aventure.
  • Avoir confiance : comme dans toute association, la confiance est un élément primordial. Sans confiance envers votre associé, avancer ensemble et bâtir un projet commun ne sera pas possible.
  • Même vision du projet et même valeurs : s’associer pour créer une entreprise signifie travailler ensemble pour aller dans la même direction. Il est primordial que vous ayez prédéfini avec vos associés l’objectif de l’entreprise : voulez-vous créer une entreprise par passion ? Dans un objectif de rentabilité maximum ? Il faut que vous soyez d’accord sur le point d’arrivée, mais également sur la route à emprunter pour y arriver. Le fait de partager les mêmes valeurs est alors primordial pour être certain de vouloir emprunter le même chemin.
  • Apprécier votre compagnie réciproque : dans le cadre d’un projet de création d’entreprise, et pour la période de lancement, il est probable que vous voyez plus votre associé que quiconque, la bonne entente est donc un facteur primordial pour pouvoir construire et avancer dans une entente cordiale.

Repartir les compétences et tâches entre associés

Un des points importants à respecter lors d’une création d’entreprise à plusieurs est la répartition des compétences et des missions. En effet, il faut tirer partie de l’association, et définir pour chacun des associés, quel qu’en soit le nombre les compétences. Dans l’idéal, les associés doivent être complémentaires, et couvrir tous les domaines nécessaires à la bonne tenue de l’activité.

Par exemple, si vous créez une société de livraison de repas à domicile, il est idéal d’avoir un associé sachant gérer le côté administratif, comptable et juridique de l’entreprise, un associé prenant en charge le cœur de l’activité, c’est-à-dire la préparation des repas avec ce que cela implique (stock, commande, menus…), voire un associé s’occupant de toute la logistique et livraison.

Le fait d’être complémentaire permet ainsi aux associés de gérer l’intégralité de leur entreprise, sans avoir besoin, au moins pour le lancement de l’activité de faire appel à des personnes tierces.

Une fois que les compétences de chacun ont été déterminées, et bien délimitées, en découle en toute logique la répartition des tâches associées aux compétences de chacun. Un des secrets de la réussite est d’avoir une bonne organisation au sein de l’entreprise : chacun doit connaitre ses missions et les réaliser sans empiéter sur les missions des autres. Bien sûr, cela n’empêche pas les associés de collaborer, s’entraider et d’échanger sur les différentes problématiques rencontrées. Chaque associé doit en fonction de ses missions pouvoir trancher et prendre les décisions en cas de désaccord, pour éviter tout blocage de l’entreprise.

Si vous optez pour l’association, cela permet également de bénéficier du réseau et connaissances de chacun des associés, et ainsi agrandir au maximum son réseau.

Une bonne rédaction des statuts juridiques

Un autre point clé dans le fait de s’associer pour créer une société est la rédaction des statuts. Les statuts juridiques établissent les règles de fonctionnement et d’organisation de la société. C’est en leur sein qu’est indiqué la forme juridique choisie, les règles de majorité, les modalités de prise de décision, le siège social, la dénomination sociale.

La rédaction des statuts juridiques est un point clé dans toute création d’entreprise, mais une attention particulière doit leur être portée en cas d’association;

A moins que vous n’ayez de solides connaissances juridiques, il est conseillé de faire appel à un professionnel pour rédiger les statuts, et ainsi permettre de s’assurer que ces derniers rempliront leur office sur l’organisation et le fonctionnement de la société.

Du fait de l’importance des statuts juridiques il est conseillé lorsqu’on s’associe d’avoir pour chacun des associés un avocat. Cela permet d’être certain que les pouvoirs sont répartis équitablement, et qu’aucun des associé ne soit lésé. En effet, prendre un unique avocat pour tous les associés peut aboutir à une rédaction déséquilibrée ou tous les intérêts de chacun ne sont pas représentés de manière équitable. Le fait pour chaque associé d’avoir un conseil spécialisé permet d’assurer une juste représentation de chaque associé au sein de la société, et dans le processus de prise de décision.

La répartition des pouvoirs entre associés

Dans le cadre de la répartition des pouvoirs entre associés, plusieurs configurations sont envisageables, notamment en fonction du nombre d’associé.

Lorsque la société est composée de deux associés ou plus, il est possible de désigner un associé qui sera majoritaire et détiendra donc plus de pouvoirs que le deuxième associé. Cette configuration permet d’éviter les blocages dans les prises de décisions, en cas de désaccord entre associé.

Lorsque la société est composée de deux associés, il est également possible de décider de répartir les droits à 50/50 entre les deux associés. De cette manière, les associés ont la même capacité de décision, mais également la même capacité de blocage. Cette situation peut être une bonne chose si les deux associés veulent tout deux détenir un certain contrôle sur la société, son fonctionnement et ses activités.Or, cette situation peut également avoir pour résultat un blocage de la société. En effet, en cas de désaccord entre associé, cette répartition équitable ne permet pas à un associé de prévaloir sur l’autre pour trancher et prendre une décision. Les associés devront se mettre d’accord, et certaines prises de décisions peuvent donc prendre un certain temps.

Il n’y a pas de solution idéale dans l’absolu, la répartition des pouvoirs dépend de plusieurs facteurs, notamment de la personne avec laquelle vous vous associez, de votre entente, de la confiance que vous vous portez mais également de l’investissement personnel et financier de chacun dans la société.

La rédaction de clauses pour les associés

Il est possible d’intégrer différentes clauses dans vos statuts juridiques afin de régir les relations entre associés. Ces clauses sont nommées de manière générale pacte d’associé.

Au titre de ces clauses, on trouve des clauses liées au fonctionnement de la société.

On peut citer par exemple, la clause d’accord unanime, cette clause permet de modifier les règles de prises de décision pour faire en sorte que certaines décisions devant être expressément mentionnées nécessiteront l’accord unanime des associés.

La clause de répartition du résultat : cette clause permet de prévoir la répartition des dividendes perçues par l’entreprise. Par le biais de cette clause, les associés peuvent par exemple se mettre d’accord pour affecter une partie du résultat aux dividendes.

On peut également trouver au sein de ces clauses un engagement de non-concurrence. Par le biais de cette clause, les associés s’engagent à ne pas s’intéresser à des activités de même nature que la société, dans la mesure où cela pourrait faire concurrence à la société dans laquelle ils sont associés.

On peut également trouver des clauses liées aux mouvements de titres :la clause d’agrément est une clause stipulant que les signataires de cette dernière doivent avoir donné leur accord, avant qu’un des leurs puissent procéder à la cession de ses titres.

La clause d’inaliénabilité est une clause qui permet aux signataires de s’assurer qu’ils ne pourront pas céder leurs titres pendant une certaine durée, déterminée et inscrite dans la clause.

Ces clauses peuvent être introduites dans les statuts juridiques afin de garantir une certaine sécurité aux associés.

Quel statut pour créer à plusieurs ?

Vous êtes maintenant décidé à créer une entreprise en vous associant ? Il faut désormais passer à l’étape du choix du statut juridique. Toutes les formes d’entreprises ne permettent pas de travailler à plusieurs. Au titre des sociétés comportant plusieurs associés, on trouve : la SARL, la SAS, la SCI, la SNC, la SA…

Parmi les formes juridiques  les plus couramment utilisées par les entrepreneurs, on retrouve la SAS et la SARL. La SCI est également une société très utilisée par les entrepreneurs, mais en raison de sa nature civile, elle ne peut être utilisée que pour certains projets immobiliers, à nature non commerciale.

La principale différence entre la SAS et la SARL repose dans la souplesse des statuts juridiques. SI le fonctionnement de la SARL est très encadré par le code du commerce, la SAS laisse une grande souplesse dans l’organisation et le fonctionnement de la société, déterminé par les statuts.

La SAS en quelques mots

Comme indiqué précédemment, il faut être minimum 2 associés pour pouvoir constituer une SAS, et il n’existe pas de nombre maximum d’associé. Dans le cadre de la SAS, aucun montant de capital social minimum n’est demandé, et ce dernier peut être constitué d’apports en numéraire ou en nature. Le capital social de la SAS est divisé en actions, qui sont réparties entre les différents associés, actions pouvant être de nature différentes.

En SAS, la direction est assurée par un président, qui peut être épaulé par d’autres organes de direction. Il bénéficie d’une affiliation au régime général de la sécurité sociale.

La SAS se caractérise par une grande souplesse au niveau de la rédaction des statuts : la loi n’encadre que très peu les règle sd fonctionnement de lza SAS , laissant ainsi aux associés aune grande liberté d’adaptation de leurs sociétés aux besoins de l’activité.

Afin de tout savoir sur la SAS n’hésitez pas à aller voir nos nombreux articles sur la SAS 

La SARL en quelques mots

La SARL est une société constituée par au moins 2 associés, et dont le nombre maximum d’associés est de 100.

De même qu’en SAS, le capital social est fixé librement, composée d’apports en numéraire et d’apports en nature. Le capital social de la SARL est divisé en parts sociales de même catégorie.

La direction de la SARL peut être assurée par un ou plusieurs gérants, qui en fonction de leur qualité (majoritaire ou minoritaire), sont affiliés au régime social des travailleurs indépendants si ils sont majoritaires, ou au régime général de la sécurité social si ils sont égalitaires ou minoritaires.

Dans le cadre de la SARL, les statuts sont beaucoup plus encadrés par la loi et ne laisse que peu de possibilités d’adaptation aux associés, notamment par l’exclusion de l’utilisation de certaines clauses au sein des statuts.

Afin de tout savoir sur la SARL, n’hésitez pas à aller consulter nos nombreux articles sur la SARL

Télécharger l'article en PDF

Vote: 5.0/5. Total de 1 vote.
Chargement...

Marie Lusset

Marie Lusset est diplômée d’un master en droit des affaires internationales et d'un master en management et développement des entreprises. Elle accompagne les porteurs de projet à créer leur entreprise et développer leur activité.