Introduction

Exercer une activité agricole et commerciale est possible sous certaines conditions : un exploitant agricole a la possibilité de constituer une société pour exercer librement ses activités agricoles.

Cependant, lorsqu’il souhaite exercer une activité commerciale en plus de son activité agricole, il faudra être prudent sur la forme de société à choisir.

économie circulaire
En bref: Oui, on peut exercer une activité agricole et une activité commerciale, mais le cadre dépend de la forme de société. Une société civile agricole (EARL, GAEC, SCEA) a un objet exclusivement agricole et ne peut exercer du commercial qu’à titre accessoire et plafonné. Une société commerciale (SAS, SARL et leurs formes unipersonnelles SASU, EURL) peut, elle, cumuler librement activité agricole et activité commerciale dans son objet social.Depuis la loi du 24 mars 2025, les sociétés civiles agricoles peuvent enfin exercer des activités commerciales accessoires, dans une double limite (plafond par associé et 40 % des recettes agricoles).

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Activité agricole, et activité commerciale : deux natures juridiques distinctes

Pour comprendre le sujet, il faut partir d’un principe : en droit français, l’activité agricole est civile par nature, alors que l’activité commerciale est… commerciale. Ces deux régimes ne se mélangent pas spontanément.

L’activité agricole est définie à l’article L. 311-1 du Code rural et de la pêche maritime : il s’agit des activités correspondant à la maîtrise et à l’exploitation d’un cycle biologique de caractère végétal ou animal, ainsi que des activités exercées dans leur prolongement (transformation, conditionnement, vente des produits de l’exploitation) ou ayant pour support l’exploitation.

L’activité commerciale est définie par le Code de commerce (article L. 110-1) : elle suppose l’accomplissement habituel d’actes de commerce (achat pour revendre, prestations de services commerciales, etc.) à titre de profession.

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La conséquence est simple : une société civile agricole ne peut, en principe, pas accomplir d’actes de commerce, tandis qu’une société commerciale peut exercer aussi bien des activités commerciales que civiles.

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La théorie de l’accessoire : vendre sans devenir commerçant

Heureusement, la frontière n’est pas étanche.

La théorie de l’accessoire permet à un exploitant agricole d’exercer une activité qui, prise isolément, serait commerciale, sans pour autant changer la nature agricole de son activité, à condition que cette activité prolonge l’exploitation.

Exemple : Un pépiniériste qui vend les plants qu’il a produits ne devient pas commerçant : cette vente s’inscrit dans le prolongement direct de son cycle de production. Elle reste agricole. De même, un éleveur qui transforme son lait en fromage et le vend à la ferme reste dans le champ agricole.

En revanche, dès que l’activité sort de ce prolongement, par exemple acheter des produits à des confrères pour les revendre, ou faire des travaux agricoles pour autrui (prestation de service), ou louer du matériel, on bascule dans le commercial, et la théorie de l’accessoire ne suffit plus.

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La nouveauté décisive : la loi du 24 mars 2025

La loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire a modifié l’article L. 320-1 du Code rural pour autoriser les sociétés civiles agricoles (GAEC, EARL, SCEA, GFA exploitant) à compléter leur activité agricole par des activités accessoires de nature commerciale présentant un lien avec l’activité agricole.

Cette ouverture est encadrée par une double limite :

  • un plafond de recettes commerciales (de l’ordre de 20 000 € par associé pour les GAEC, dans la limite de 10 associés) ;
  • ces recettes ne doivent pas dépasser 40 % des recettes agricoles.
À noter : ce seuil est plus strict que la tolérance fiscale de l’article 75 du Code général des impôts (qui admet le rattachement de recettes commerciales aux bénéfices agricoles jusqu’à 100.000 € et 50 % des recettes agricoles, au réel). Les deux logiques, juridique et fiscale, ne se recouvrent pas, ce qui justifie une vérification au cas par cas.

À retenir. Avant 2025, une société civile agricole devait créer une structure commerciale séparée pour toute activité commerciale non accessoire. Depuis 2025, une marge commerciale accessoire est tolérée dans la société civile elle-même, mais reste plafonnée. Au-delà des plafonds, la société commerciale reste la solution.

Deux familles de sociétés pour arbitrer

Le choix se résume à une question : quelle place la part commerciale va-t-elle prendre ?

Les sociétés civiles agricoles (objet agricole strict)

EARL, GAEC, SCEA : leur objet est exclusivement agricole.

Elles conviennent lorsque l’activité commerciale reste accessoire et dans le prolongement de la production. Leur principal atout fiscal, commun aux trois, est l’imposition par défaut à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices agricoles : la société n’est pas imposée elle-même, chaque associé l’est sur sa part.

  • Le GAEC total bénéficie en plus de la transparence des aides PAC, qui permet de traiter chaque associé comme un exploitant individuel, un avantage que n’ont ni l’EARL ni la SCEA.

Attention toutefois au micro-BA : il reste accessible à l’EARL unipersonnelle et au GAEC, mais la SCEA (comme les sociétés civiles agricoles autres que les GAEC créées depuis le 1er janvier 1997) en est exclue et relève d’un régime réel. Leur limite commune : elles ne peuvent absorber qu’une part commerciale accessoire et plafonnée.

Les sociétés commerciales à objet agricole (objet mixte possible)

SAS, SARL (et leurs versions à associé unique, SASU et EURL) : commerciales par la forme, elles peuvent inscrire dans leur objet social à la fois l’activité agricole (civile) et l’activité commerciale, sans plafond de proportion

Ce sont elles qu’il faut privilégier dès que le volet commercial devient significatif : achat-revente, prestations de travaux agricoles, agritourisme, méthanisation valorisée, agrivoltaïsme.

Contrepartie : imposition par défaut à l’impôt sur les sociétés et régime social du dirigeant différent.

La SASU/SAS agricole

La SAS (et sa version unipersonnelle, la SASU) est la forme la plus souple pour cumuler agricole et commercial. Elle accepte des personnes morales au capital (holding, investisseurs) et facilite l’entrée d’associés.

SASU / SAS agricoleCaractéristiques
Associés1 (SASU) à illimité (SAS) ; personnes physiques ou morales
Capital socialLibre, fixé dans les statuts
ApportsNuméraire ou nature (l’industrie ne concourt pas au capital)
ResponsabilitéLimitée au montant des apports
Régime social du dirigeantPrésident relevant du régime des salariés agricoles (MSA), art. L. 722-20 9° du Code rural ; s’il ne se rémunère pas, aucune cotisation due (mais aucun droit acquis)
FiscalitéIS de plein droit ; option IR possible 5 ans maximum

La SARL / EURL agricole

La SARL agricole (2 associés minimum ; EURL pour un seul) permet d’exercer une ou plusieurs activités agricoles « accompagnées » d’activités commerciales, avec une responsabilité limitée aux apports.

SARL agricoleCaractéristiques
Associés2 à 100 (1 en EURL)
Capital socialLibre
ApportsNuméraire, nature ou industrie (l’industrie ne concourt pas au capital, mais donne droit au partage des bénéfices et au vote)
ResponsabilitéLimitée aux apports de chaque associé
Régime social du gérantGérant majoritaire : non-salarié (TNS), MSA. Gérant minoritaire ou égalitaire : régime des salariés agricoles (art. L. 722-20 8° du Code rural)
FiscalitéIS de plein droit ; option IR possible, notamment pour la SARL de famille (durable)

Tableau de synthèse : quelle société pour quel projet ?

CritèreSociétés civiles agricoles (EARL, GAEC, SCEA)Sociétés commerciales (SAS, SARL)
ObjetAgricole strictAgricole et commercial
Activité commercialeAccessoire et plafonnée (loi 2025)Sans limite de proportion
Fiscalité par défautIR / bénéfices agricolesIS (option IR possible)
Micro-BAEARL unipersonnelle et GAEC : possible ; SCEA (et sociétés civiles créées après 1997) : exclueNon
Régime social du dirigeantNon-salarié agricole (MSA)Salarié agricole (SAS) / variable (SARL)
Personnes morales associéesNon (sauf SCEA)Oui
Transparence PACOui (GAEC total)Non
A privilégier si : Le commercial reste marginal Le commercial est significatif

Régime social : ce qui change au 1er janvier 2026

Quelle que soit la forme retenue, les exploitants relèvent de la MSA, mais le statut social dépend de la forme et du rôle réel de chacun.

Dans une société civile agricole (EARL, GAEC, SCEA), l’associé qui participe effectivement aux travaux est non-salarié agricole. Dans une société commerciale, le président de SAS relève du régime des salariés agricoles, tandis que le gérant de SARL est non-salarié s’il est majoritaire, salarié agricole s’il est minoritaire ou égalitaire.

Nouveauté à connaître : depuis le 1er janvier 2026, l’assiette sociale des non-salariés agricoles a été réformée (articles L. 731-14 et suivants du Code rural et L. 136-4 du Code de la sécurité sociale). La MSA présente désormais une assiette « quasi-identique à la CSG-CRDS », assise sur le revenu professionnel. Pour les exploitants en société, une part des revenus distribués excédant 10 % du capital social peut par ailleurs être réintégrée dans l’assiette des cotisations, un point qui pèse notamment dans les sociétés à l’IS.

Combien d’exploitations sont concernées ? (données Agreste)

Le mouvement de sociétarisation de l’agriculture française se poursuit.

D’après le recensement agricole 2020, 58 % des exploitations étaient individuelles et 42 % en société. D’après l’enquête Agreste sur la structure des exploitations (ESEA), la France métropolitaine comptait 349 600 exploitations en 2023, soit environ 40 000 de moins qu’en 2020, une baisse d’environ 3,6 % par an, plus rapide que la décennie précédente.

Cette concentration s’accompagne d’une montée continue des formes sociétaires, où s’inscrivent précisément les sociétés (civiles comme commerciales) capables de structurer une activité agricole et commerciale.

FAQ sur l’exercice d’une activité agricole et commerciale

Une EARL peut-elle exercer une activité commerciale ?

Oui, mais seulement à titre accessoire et dans les limites fixées par la loi du 24 mars 2025 (plafond de recettes et 40 % maximum des recettes agricoles). Au-delà, il faut une société commerciale ou une structure dédiée.

Quelle société pour cumuler agricole et commercial sans limite ?

Une société commerciale à objet agricole : SAS, SASU, SARL ou EURL. Elles peuvent inscrire les deux activités dans leur objet social.

Un agriculteur qui vend ses propres produits est-il commerçant ?

Non. La vente des produits de sa propre exploitation s’inscrit dans le prolongement de l’activité agricole (théorie de l’accessoire) et reste agricole.

Faire des travaux agricoles pour autrui, est-ce agricole ou commercial ?

C’est une prestation de service de nature commerciale. Une société civile agricole ne peut l’exercer que dans la limite accessoire ; sinon, il faut une structure commerciale.

Quelle fiscalité pour une SAS ou une SARL agricole ?

L’impôt sur les sociétés par défaut, avec une option possible pour l’impôt sur le revenu (5 ans pour la SAS/SARL, durable pour la SARL de famille).

Quel est le régime social du président d’une SAS agricole ?

Le régime des salariés agricoles (MSA), en application de l’article L. 722-20 9° du Code rural, et non le statut de chef d’exploitation non-salari

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Sommaire
  • Activité agricole, et activité commerciale : deux natures juridiques distinctes
  • La théorie de l'accessoire : vendre sans devenir commerçant
  • La nouveauté décisive : la loi du 24 mars 2025
  • Deux familles de sociétés pour arbitrer
  • La SASU/SAS agricole
  • La SARL / EURL agricole
  • Tableau de synthèse : quelle société pour quel projet ?
  • Régime social : ce qui change au 1er janvier 2026
  • FAQ sur l'exercice d'une activité agricole et commerciale

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Commentaires
2 commentaires
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  1. Mpoyo Jean
    25 mars 2024, 12:55
    Sur quelle terres peut on exercer une activité agricole ?
    • Marie Lusset
      24 mai 2024, 10:32
      Bonjour, Afin d'en savoir plus sur l'exploitation des terres à des fins agricoles, il faut se tourner vers les institutions locales compétentes, qui peuvent être les services municipaux, les services départementaux, ou les chambres d'agriculture, qui sauront vous renseigner. Il est également possible de consulter des documents tels que le Plan Local d'Urbanisme, les cadastres, ou encore la carte communale de chaque commune envisagée. L'équipe créer son entreprise LBDD