Naijm : comment Oussama Ammar aligne prestataire, client et salariés ?
« Si le client ne gagne pas, on ne mange pas. » La phrase est de Oussama Ammar, qui a annoncé publiquement avoir réuni trois millions et demi de dollars pour monter un laboratoire d’intelligence artificielle à Dubaï, soutenu par le milieu d’affaires émirati.

L’entreprise s’appelle Naijm, et il indique en assurer la direction.
Un seul métier, énoncé en trois lignes
La page d’accueil ne s’embarrasse pas de périphrases. Dans toute grande entreprise, un processus coûte plus cher que tous les autres. Sinistres, souscription, recouvrement, opérations clients. Naijm prend le processus le plus coûteux d’un leader de son marché, le reconstruit en un système qu’elle exploite elle-même, et se rémunère sur une part de ce qu’il fait économiser. C’est, écrivent-ils, tout le métier.
Le contrat se décompose donc en deux : un honoraire de base pour faire le travail correctement, puis une part des économies démontrées par rapport à la référence chiffrée du client lui-même. Et ils précisent où se trouve le gros de leur revenu : dans cette seconde part.
Apprendre le métier avant d’écrire la moindre ligne
La méthode affichée tient en une formule : s’asseoir avec les gens qui font le travail jusqu’à savoir le faire soi-même. Ce qu’ils vont y chercher est listé noir sur blanc : les exceptions, les contournements, les règles que personne n’a écrites, les formulaires que plus personne ne lit.
Ce n’est qu’ensuite que le processus est réécrit en logiciel, puis exploité à l’intérieur même de l’entreprise cliente, aussi longtemps qu’il génère des économies. Avec une promesse technique posée comme une condition : les données ne sortent jamais.
Le second principe affiché dit la même chose autrement. Des identifiants, pas des présentations. Et ce qu’ils demandent est très concret : des accès, un bureau dans l’atelier, et une place à la réunion du matin où le travail est distribué.
Des années, et un système par client
Troisième principe : construire puis exploiter. Ils restent faire tourner le système en production, et assument que le contrat soit long, puisqu’une économie se mesure sur des années et non sur une démonstration.
Quatrième principe : une machine par client. Chaque système est bâti sur les données et les exceptions d’une seule opération, ce qui le rend, de leur propre aveu, inutilisable ailleurs. C’est l’exact contraire du métier d’éditeur de logiciel, dont toute l’économie consiste à vendre plusieurs fois la même chose.
Quant aux clients, ils sont peu nombreux et assumés comme tels. Quelques leaders de leur marché, dans la construction, la distribution et l’éducation, qui ont ouvert leurs opérations : identifiants, accès aux locaux, et leurs propres chiffres de référence.
L’ordre de grandeur, présenté comme une hypothèse
Sur une opération représentant cent millions de dollars, l’entreprise affiche une fourchette de vingt à trente pour cent d’économies. Elle prend soin de l’appeler sa thèse de travail, pas un résultat acquis, et c’est ainsi qu’il faut la lire.
La même règle appliquée aux salaires
C’est peut-être le point le plus instructif pour un dirigeant. L’entreprise recrute dix personnes à Dubaï, réparties en quatre métiers : ingénieurs, spécialistes de la sécurité, commerciaux et conteurs. Et elle publie ses conditions sans fourchette cachée.
Le bonus y est décrit comme transparent et non plafonné, calculé sur le même chiffre d’économies que celui facturé au client. Leur formule est limpide : vous et le client gagnez sur la même ligne de la facture.
Autrement dit, le prestataire, son salarié et l’entreprise cliente regardent tous les trois le même indicateur. Voilà ce qu’un dirigeant peut emprunter à ce modèle sans avoir le moindre projet d’intelligence artificielle : s’arranger pour que ce qui enrichit le fournisseur soit exactement ce qui enrichit l’acheteur.
Pourquoi ce nom ?
Naijm vient de l’arabe najm, l’étoile. L’entreprise l’explique sur son site : avant qu’il y ait des routes ici, les voyageurs traversaient le désert en se guidant aux étoiles, des points fixes qui ne bougent pas quand tout le reste change.
Reste la difficulté que ce modèle impose à celui qui achète, et elle n’est pas technique. Accepter d’être payé au résultat suppose qu’on puisse établir une base de départ incontestable. Pour beaucoup d’entreprises, produire ce chiffre de référence est déjà, à soi seul, le chantier le plus difficile.

