Introduction

Un dirigeant de PME reçoit aujourd’hui des propositions d’IA sans disposer de la grille pour les comparer. Les périmètres diffèrent, les modèles de facturation aussi, et les gains annoncés reposent rarement sur un chiffrage du temps réellement passé.

investir IA 5 questions a trancher

Cinq questions suffisent à trier. Elles portent toutes sur le même point : un gain non quantifié n’est pas une décision d’investissement, c’est un pari. Voici ce que chacune doit obtenir comme réponse pour qu’un devis mérite une signature.

Question 1 : quel processus, et combien d’heures y passe-t-on ?

La première question n’est pas « quel outil » mais « quelle tâche ». Une proposition qui commence par nommer une technologie sans nommer un processus vend un outil, pas un résultat.

La réponse attendue est chiffrée : combien de personnes interviennent, combien d’heures par semaine, à quelle fréquence, et sur quel volume. Sans ces quatre nombres, aucun calcul de retour n’est possible, et le devis qui suit ne peut pas être comparé à un autre.

Le chiffrage se fait en interne, avant l’arrivée du prestataire. Deux he

ures d’entretien avec les opérationnels concernés suffisent à l’obtenir, et cette information reste utile même si le projet ne se fait pas.

Question 2 : les données existent-elles, et sous quelle forme ?

Un cas d’usage repose sur des données. La question est de savoir où elles sont, dans quel format, qui en est responsable, et si elles sont exploitables sans chantier préalable.

Trois situations se rencontrent. Les données sont dans un logiciel métier structuré, et le raccordement est un travail d’intégration. Elles sont dans des fichiers bureautiques éparpillés, et il faut compter une phase de consolidation avant tout développement. Elles n’existent pas sous forme exploitable, et le projet commence par les produire, ce qui change entièrement son économie.

Un prestataire qui ne pose pas cette question avant de chiffrer découvrira la réponse en cours de route, et le surcoût sera pour l’entreprise.

Question 3 : quel gain, chiffré, et sur quel horizon ?

Le calcul tient en trois termes : le temps passé aujourd’hui, la part que l’automatisation reprend réellement, et le coût de la supervision qui subsiste. Le gain net est ce qui reste après le troisième terme, et il est presque toujours inférieur au gain brut annoncé.

C’est l’objet d’un audit préalable, traité comme une prestation distincte du développement. Le cabinet Gemlia facture par exemple entre 500 et 5 000 euros pour faire auditer les cas d’usage IA de son entreprise. L’écart tient au nombre de métiers couverts, à la taille de la structure et à la complexité du système d’information. Le premier échange de cadrage est gratuit. L’audit s’achève sur des recommandations priorisées et un devis à prix fixe, plutôt que sur une estimation en jours-homme.

Payer pour savoir avant de payer pour développer paraît contre-intuitif. C’est pourtant le seul moment où renoncer coûte encore peu.

Question 4 : qui porte le projet en interne ?

Un projet d’IA sans référent métier disponible échoue, même bien conçu. Le référent n’est pas le sponsor : c’est la personne qui répond aux questions du prestataire, teste les livraisons et explique l’outil à ses collègues les premières semaines.

Deux conditions le rendent opérationnel. Il connaît le processus de l’intérieur, ce qui exclut la seule direction informatique sur un sujet métier. Et il dispose de temps dégagé, écrit à l’agenda, pas d’une bonne volonté déclarée en réunion de lancement.

L’erreur la plus coûteuse consiste à désigner ce référent après la signature, parmi les personnes disponibles plutôt que parmi celles qui connaissent la tâche.

Question 5 : que se passe-t-il si l’outil est abandonné ?

Trois clauses méritent d’être lues avant signature, et elles ne figurent pas toujours au contrat.

  • La propriété du code : les clauses sur les données suivent la même logique, et certains prestataires les affichent publiquement. Gemlia annonce ainsi « 100 % du code et des données à vous » et « 0 propriété intellectuelle conservée ». D’autres conservent une licence sur les développements, ce qui interdit de changer de fournisseur sans tout réécrire.
  • La réversibilité : sous quel format les données sortent, en combien de temps, et à quel coût.
  • La dépendance à un modèle : un outil construit sur un seul fournisseur d’IA hérite de ses évolutions tarifaires et de ses arrêts de service.

Les fourchettes de prix, et ce qui les fait varier

Les ordres de grandeur affichés publiquement sur le marché français donnent un point de repère. Un logiciel métier complet, avec plusieurs intégrations, plafonne à 60 000 euros chez les prestataires qui publient leur grille. Un module greffé sur un outil existant coûte quatre fois moins. En régie, le taux journalier démarre autour de 1 500 euros.

Trois variables expliquent l’essentiel des écarts. Le nombre d’intégrations au système existant, le volume de données à consolider en amont, et le niveau de supervision exigé sur les sorties. Un devis qui ne les documente pas n’est pas comparable à un autre, quel que soit son montant.

La question à poser au prestataire est donc moins « combien » que « sur quel périmètre exactement, et que se passe-t-il s’il bouge ». Un forfait annoncé sur un périmètre écrit vaut mieux qu’un tarif journalier attractif sur un projet dont personne n’a fixé les limites.

Les trois postes de coût qui ne figurent pas au devis

Ils représentent une part significative de la dépense réelle, et ils se budgètent en amont ou se découvrent en cours de route.

Le temps interne : entretiens de cadrage, tests, recette. Compter 2 à 3 heures par métier au démarrage, puis une disponibilité réelle du référent pendant la phase de recette. C’est le premier poste par ordre de grandeur sur les projets qui dérapent.

La supervision en régime courant : une action automatisée se surveille. Ce poste commence à la mise en service et ne s’arrête pas, ce qui en fait une charge récurrente et non un investissement.

La maintenance et l’évolution : les fournisseurs de modèles font évoluer leur offre et leurs tarifs. Prévoir une enveloppe annuelle évite la situation où l’outil cesse d’être maintenu et redevient un contournement de plus.

Un dossier d’investissement qui intègre ces trois lignes paraît moins attractif que celui qui les ignore. Il a l’avantage de correspondre à la dépense qui sera constatée.

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Sommaire
  • Question 1 : quel processus, et combien d'heures y passe-t-on ?
  • Question 2 : les données existent-elles, et sous quelle forme ?
  • Question 3 : quel gain, chiffré, et sur quel horizon ?
  • Question 4 : qui porte le projet en interne ?
  • Question 5 : que se passe-t-il si l'outil est abandonné ?
  • Les fourchettes de prix, et ce qui les fait varier
  • Les trois postes de coût qui ne figurent pas au devis

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