Introduction

De quoi allez-vous vivre pendant que votre entreprise apprend à gagner de l’argent ? La question paraît personnelle. Elle fait pourtant partie intégrante de la solidité du projet.
Une entreprise peut avoir un modèle économique pertinent et manquer malgré tout de temps pour atteindre son équilibre. Le créateur doit alors financer ses dépenses
personnelles sans prélever trop tôt sur la trésorerie de l’entreprise.

Infographie présentant cinq ressources pour financer son lancement d’entreprise : salaire maintenu, ARE, ARCE, autres revenus et épargne.

Salaire conservé, allocations chômage, revenus immobiliers, activité indépendante existante ou épargne peuvent sécuriser cette période.

L’objectif n’est pas nécessairement de disposer de revenus élevés. Il faut surtout savoir combien vous devez sortir chaque mois pour vivre et combien de temps vous pouvez tenir avant que l’entreprise doive vous rémunérer.

La solidité financière d’un projet dépend à la fois des besoins de financement de l’entreprise et du besoin de revenu personnel de son créateur.

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Pourquoi prévoir ses revenus avant de créer son entreprise ?

Une jeune entreprise ne génère pas toujours immédiatement assez de trésorerie pour rémunérer correctement son dirigeant. Elle doit d’abord trouver ses clients, produire, facturer puis encaisser.

Dans le même temps, le créateur continue à payer son logement, son alimentation, ses assurances, ses crédits et les dépenses de son foyer. Cette situation crée deux besoins financiers différents.

Le besoin financier de l’entreprise

L’entreprise peut avoir besoin de financer :

  • ses investissements ;
  • son stock ;
  • son besoin en fonds de roulement ;
  • ses dépenses commerciales ;
  • ses logiciels ;
  • ses locaux ;
  • ses premiers recrutements.

Le besoin financier du créateur

Le dirigeant doit parallèlement financer son niveau de vie personnel. Plus ce besoin est important, plus l’entreprise devra rapidement générer suffisamment de résultat ou de trésorerie pour le rémunérer.

Une entreprise peut atteindre son équilibre économique sans encore produire suffisamment de revenu pour son dirigeant. Il faut donc distinguer la rentabilité de l’activité et la capacité du projet à financer la vie du créateur.

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Quels revenus complémentaires un créateur peut-il avoir ?

Les revenus disponibles dépendent fortement de la situation personnelle du créateur. Il faut les identifier avant d’établir le prévisionnel.

Conserver tout ou partie de son salaire

Un salarié peut parfois lancer son activité sans quitter immédiatement son emploi. Le cumul d’un emploi salarié avec une micro-entreprise est notamment possible sous certaines conditions. Le créateur doit vérifier son contrat, respecter son obligation de loyauté et exercer son activité indépendante en dehors de ses heures salariées.

Cette solution sécurise fortement le revenu personnel. Elle présente cependant une limite évidente : le temps. Chaque heure passée dans l’emploi salarié n’est pas disponible pour prospecter, produire ou structurer la nouvelle entreprise.

Infographie présentant cinq ressources pour financer son lancement d’entreprise : salaire maintenu, ARE, ARCE, autres revenus et épargne.

Les allocations chômage

Pour un demandeur d’emploi indemnisé, l’ARE peut constituer un revenu de transition pendant le lancement.

France Travail prévoit actuellement deux grandes options : maintenir partiellement l’ARE pendant le développement de l’activité ou demander l’ARCE, qui transforme une partie des droits restants en capital. Ces deux options ne se cumulent pas entre elles. Nous y reviendrons plus loin.

Les autres revenus du créateur

Selon sa situation, l’entrepreneur peut aussi disposer :

  • de revenus immobiliers ;
  • d’une activité professionnelle secondaire ;
  • de revenus issus de placements ;
  • d’une pension ;
  • de droits d’auteur ;
  • d’autres revenus réguliers déjà existants.

Il faut distinguer ces revenus de la simple utilisation de son épargne.

Un revenu se renouvelle. L’épargne constitue un stock qui diminue à mesure qu’on l’utilise. Cette distinction devient importante lorsqu’on calcule la durée pendant laquelle le créateur peut financer son niveau de vie.

Combien devez-vous réellement gagner chaque mois ?

Avant de prévoir la rémunération du dirigeant, commencez par établir son budget personnel minimum.

L’objectif n’est pas de reconstituer au centime près toutes les dépenses du foyer. Il faut déterminer le montant mensuel nécessaire pour vivre correctement pendant la phase de lancement.

Identifiez les dépenses incompressibles

Par exemple :

  • logement ;
  • alimentation ;
  • énergie ;
  • assurances ;
  • crédits ;
  • transport ;
  • garde d’enfants ;
  • abonnements indispensables ;
  • impôts personnels.

Ajoutez ensuite une marge pour les dépenses variables et les imprévus.

Déduisez les revenus déjà sécurisés

Prenons un exemple simple :

  • Le foyer a besoin de 3 200 euros par mois.
  • Le créateur conserve un revenu complémentaire de 1 400 euros. Son conjoint apporte 1 000 euros supplémentaires au budget commun.
  • Il reste donc 800 euros à financer chaque mois.

Cette somme peut provenir de l’épargne ou, lorsque l’entreprise en a les moyens, de la rémunération du dirigeant. La question utile n’est pas seulement “combien vais-je me rémunérer ?”. Elle est d’abord “quel montant l’entreprise devra-t-elle réellement apporter à mon foyer, et à partir de quand ?”.

Calculez votre autonomie financière personnelle

Un créateur doit savoir combien de mois il peut tenir sans rémunération significative de son entreprise. On peut parler d’autonomie financière personnelle.

Le calcul reste simple : épargne réellement mobilisable ÷ besoin mensuel restant à financer.

Exemple :

  • Vous disposez de 18 000 euros d’épargne que vous acceptez réellement de consacrer au lancement.
  • Vos dépenses personnelles atteignent 2 500 euros par mois.
  • Vous conservez 1 000 euros de revenus complémentaires.

Il reste donc 1 500 euros à financer chaque mois. Votre autonomie théorique est alors de 12 mois.

Cette durée ne constitue pas une garantie. Elle donne cependant un repère utile pour piloter le projet.

Gardez une réserve de sécurité

Évitez de considérer toute votre épargne comme disponible. Une réparation automobile, une dépense de santé ou un problème familial peut survenir pendant la création. Une partie de l’épargne doit donc rester indépendante du projet entrepreneurial.

L’autonomie financière du créateur mesure le temps dont il dispose pour faire réussir son projet avant que ses contraintes personnelles ne commencent à dicter ses décisions professionnelles.

Infographie sur l’équilibre entre sécurité financière, revenus complémentaires et temps consacré à son projet entrepreneurial.

Faut-il conserver un emploi salarié pendant la création ?

Conserver un salaire réduit fortement le risque financier. Mais cela peut aussi ralentir le développement.

Le créateur doit arbitrer entre deux ressources rares : l’argent et le temps.

Le salaire achète de la sécurité

Le revenu salarié permet de limiter les prélèvements sur l’épargne. Il évite également d’imposer trop rapidement une rémunération à l’entreprise.

Pour certains projets, cette sécurité est déterminante.

Mais le temps disponible peut devenir le facteur limitant

Une entreprise doit rencontrer ses clients, tester son offre et prospecter. Créer uniquement le soir et le week-end fonctionne mieux pour certaines activités que pour d’autres.

Une activité numérique peut parfois se construire progressivement. Une activité nécessitant beaucoup de rendez-vous commerciaux en journée sera plus difficile à développer en parallèle d’un emploi à temps plein.

Le ministère de l’Économie rappelle également qu’un salarié peut, sous conditions, demander un congé ou un temps partiel pour créer son entreprise.

Conserver un revenu complémentaire protège le projet financièrement. Mais si ce revenu consomme trop de temps, il peut aussi retarder le moment où l’entreprise devient réellement viable.

ARE ou ARCE : deux logiques financières différentes

Pour les créateurs indemnisés par France Travail, la question mérite une analyse spécifique.

Le maintien de l’ARE sécurise davantage le revenu mensuel

Le maintien partiel de l’ARE permet de conserver un filet de sécurité pendant le développement de l’activité.

Depuis le 1er avril 2025, le cumul ARE et revenus issus de l’entreprise est encadré par un plafond correspondant à 60 % du capital de droits restant à la date de création. Le montant versé évolue selon les revenus déclarés.

Cette solution peut convenir lorsque l’activité monte progressivement en puissance.

L’ARCE apporte davantage de capital immédiatement

L’ARCE correspond actuellement à 60 % des droits ARE restants, avec les modalités prévues par France Travail. Le capital est versé en deux fois.

Cette solution répond à une autre logique.

Elle peut être intéressante lorsque le projet nécessite de financer rapidement des équipements, du stock ou d’autres dépenses de démarrage. France Travail distingue d’ailleurs clairement cette situation de celle d’un créateur recherchant surtout un revenu mensuel de sécurité.

Il ne faut donc pas demander : « Quelle aide est la meilleure ? », mais : « Ai-je principalement besoin de revenu personnel régulier ou de capital pour financer le projet ? »

Comment les revenus complémentaires protègent-ils la trésorerie de l’entreprise ?

Un revenu extérieur peut indirectement financer la croissance.

Ce mécanisme est simple. Si le créateur n’a pas besoin de se rémunérer immédiatement, davantage de trésorerie reste dans l’entreprise.

Elle peut servir à financer :

  • la prospection ;
  • le BFR ;
  • les investissements ;
  • les recrutements ;
  • le stock ;
  • les imprévus.

Ne confondez pas argent personnel et argent de l’entreprise En tant que créateur vous devez séparer clairement les deux raisonnements.

  • Le budget personnel répond à la question : « De combien ai-je besoin pour vivre ? »
  • Le prévisionnel répond à une autre question : « De combien l’entreprise a-t-elle besoin pour fonctionner et se développer ? »

Mélanger les deux masque souvent la réalité économique du projet.

Un revenu complémentaire peut donner à l’entreprise le temps de consolider son modèle. Il évite parfois de sortir trop tôt une trésorerie qui serait plus utile pour financer son développement.

Le manque de revenu personnel peut-il conduire à de mauvaises décisions ?

Oui, et c’est l’un des risques les moins visibles. Lorsqu’une échéance personnelle approche, la capacité du dirigeant à attendre diminue. Il peut alors accepter des décisions qu’il aurait normalement refusées.

Accepter les mauvais clients

Un besoin urgent de chiffre d’affaires peut pousser l’entrepreneur à travailler avec des clients peu rentables ou risqués. Cela contredit parfois le scoring et le ciblage définis auparavant.

Baisser trop rapidement ses prix

Le dirigeant peut aussi confondre un problème de trésorerie personnelle avec un problème de positionnement. Il baisse alors son prix pour vendre plus vite.

Cette décision peut dégrader durablement sa marge.

Accepter de mauvaises conditions de paiement

Un entrepreneur sous pression peut accepter un projet sans acompte, un délai de règlement long ou un contrat déséquilibré. Il transforme alors son besoin personnel en risque financier pour l’entreprise.

La sécurité financière personnelle donne au créateur une ressource stratégique rarement comptabilisée : la capacité de dire non à une mauvaise affaire.

Plus de revenus complémentaires signifie-t-il toujours moins de risque ?

Pas nécessairement, il existe aussi un excès de confort. Une activité secondaire bien rémunérée peut repousser continuellement le moment où le créateur confronte réellement son projet au marché.

Attention au projet qui ne devient jamais prioritaire

Le créateur dispose alors d’un filet de sécurité tellement important qu’il ne consacre jamais suffisamment de temps au développement commercial. Le projet reste durablement « en préparation ». La question doit donc évoluer avec le temps.

  • Au départ : Comment sécuriser ma vie pendant le lancement ?
  • Quelques mois plus tard : Mes revenus complémentaires m’aident-ils encore à développer l’entreprise ou commencent-ils à ralentir sa progression ?

Cette seconde question est tout aussi importante.

Comment intégrer les revenus du créateur au prévisionnel ?

Généralement on recommande de travailler avec deux tableaux séparés.

Tableau 1 : le budget personnel

Listez :

  • les dépenses mensuelles du foyer ;
  • les revenus du conjoint, le cas échéant ;
  • les revenus complémentaires du créateur ;
  • les allocations éventuelles ;
  • l’épargne mobilisable ;
  • le besoin mensuel restant.

Vous obtenez ainsi votre autonomie personnelle.

Tableau 2 : le prévisionnel de l’entreprise

Il doit intégrer :

  • chiffre d’affaires ;
  • marge ;
  • charges ;
  • BFR ;
  • investissements ;
  • trésorerie ;
  • rémunération envisagée du dirigeant.

Vous pourrez ensuite rapprocher les deux.

Si votre budget personnel exige 2 000 euros mensuels dès le troisième mois, mais que le prévisionnel ne permet aucune rémunération avant le dixième mois, le projet présente un décalage à financer.

Cette analyse doit être réalisée avant la création, pas lorsque le compte personnel devient insuffisant.

Infographie expliquant comment calculer son autonomie financière avant de créer son entreprise.

Ce qu’il faut retenir

  • Les revenus complémentaires du créateur sécurisent la phase de lancement. Ils réduisent la nécessité de se rémunérer immédiatement et donnent davantage de temps à l’entreprise pour atteindre son équilibre.
  • Le budget personnel et le prévisionnel de l’entreprise doivent rester séparés. Le premier mesure ce dont le créateur a besoin pour vivre. Le second mesure les besoins économiques de l’activité.
  • Conserver un salaire peut être pertinent, mais réduit le temps disponible. Le bon arbitrage dépend du besoin de sécurité financière et de l’intensité commerciale nécessaire au lancement.
  • L’autonomie financière personnelle doit être calculée avant la création. Elle dépend de l’épargne réellement mobilisable, des revenus complémentaires et du montant mensuel encore nécessaire au foyer.
  • Le maintien de l’ARE et l’ARCE répondent à des besoins différents. Le premier apporte davantage une logique de revenu régulier. La seconde apporte une logique de capital.
  • Une pression financière personnelle excessive peut dégrader les décisions commerciales. Mauvais clients, prix trop bas et conditions défavorables apparaissent plus facilement lorsque le dirigeant manque de marge de manœuvre.

FAQ

Peut-on créer une entreprise tout en restant salarié ?

Oui, le cumul est possible dans de nombreuses situations. Il faut notamment vérifier son contrat de travail, respecter l’obligation de loyauté envers l’employeur et exercer l’activité indépendante en dehors des heures salariées. Des règles spécifiques peuvent s’appliquer selon votre situation.

Peut-on toucher le chômage pendant une création d’entreprise ?

Un bénéficiaire de l’ARE peut, sous conditions, maintenir une partie de ses allocations pendant le lancement de son activité. Depuis avril 2025, ce maintien est plafonné selon les règles actuellement applicables aux droits restants.

Quelle différence entre ARE et ARCE pour un créateur ?

Le maintien de l’ARE vise surtout à conserver un revenu régulier pendant le démarrage. L’ARCE convertit une partie des droits restants en capital versé en deux fois. Les deux dispositifs répondent donc à des besoins financiers différents.

Combien d’épargne faut-il avant de créer son entreprise ?

Il n’existe pas de montant universel. Le créateur doit calculer son besoin personnel mensuel, déduire ses revenus complémentaires puis déterminer combien de mois son épargne peut financer le solde. Il doit aussi conserver une réserve pour les imprévus.

Faut-il se verser un salaire dès la création ?

Pas nécessairement. Le moment dépend du statut du dirigeant, de la trésorerie disponible et des besoins personnels. L’entreprise doit d’abord conserver les moyens nécessaires à son fonctionnement. Le créateur doit donc anticiper la période pendant laquelle il peut vivre sans rémunération importante.

Les revenus complémentaires sont-ils toujours une bonne idée ?

Ils réduisent le risque financier, mais peuvent devenir contre-productifs lorsqu’ils prennent trop de temps. Un emploi parallèle très exigeant peut ralentir la prospection et la validation du marché. Le bon revenu complémentaire est celui qui sécurise le créateur sans empêcher le projet de progresser.

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Sommaire
  • Pourquoi prévoir ses revenus avant de créer son entreprise ?
  • Quels revenus complémentaires un créateur peut-il avoir ?
  • Combien devez-vous réellement gagner chaque mois ?
  • Calculez votre autonomie financière personnelle
  • Faut-il conserver un emploi salarié pendant la création ?
  • ARE ou ARCE : deux logiques financières différentes
  • Comment les revenus complémentaires protègent-ils la trésorerie de l'entreprise ?
  • Le manque de revenu personnel peut-il conduire à de mauvaises décisions ?
  • Plus de revenus complémentaires signifie-t-il toujours moins de risque ?
  • Comment intégrer les revenus du créateur au prévisionnel ?
  • Ce qu'il faut retenir
  • FAQ

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