Dans un monde où l’information est surabondante et où les pressions médiatiques sont permanentes, il est essentiel de développer une approche stratégique, fondée sur une vision claire et une action cohérente. Cet article explore la mission du dirigeant sous différents angles : le discernement, l’autorité, la prise de décision, la gestion des priorités et l’importance […]
Pourquoi la pérennité d’une entreprise impose d’accepter l’instabilité ?
Kodak, Nokia ou IBM ont longtemps dominé leur marché, disposaient de technologies avancées, de moyens financiers importants et d’une position enviable. Pourtant, chacune de ces entreprises a, à un moment clé, peiné à adapter son modèle économique à l’évolution des usages et des attentes du marché.

À l’inverse, d’autres acteurs comme Fujifilm, Samsung ou Dell ont su se développer ou se transformer en profondeur, parfois en acceptant des remises en cause coûteuses à court terme, mais décisives à long terme.
Ces trajectoires opposées illustrent un même enjeu : la pérennité d’une entreprise ne dépend pas uniquement de sa solidité actuelle, mais de sa capacité à faire évoluer son équilibre économique, organisationnel et financier. Cet article propose d’analyser ces mécanismes et d’en tirer des enseignements concrets pour les créateurs et dirigeants de TPE et PME confrontés à ces mêmes arbitrages.
Pourquoi la pérennité d’une entreprise impose d’accepter l’instabilité
La pérennité d’une entreprise ne dépend pas seulement de sa performance actuelle, mais de sa capacité à s’adapter aux évolutions de son environnement.
Les trajectoires d’entreprises emblématiques montrent que le risque majeur n’est pas le changement en lui-même, mais le fait de le retarder trop longtemps. Comprendre ces mécanismes permet d’éclairer des enjeux très concrets auxquels sont confrontés les dirigeants de TPE et de PME.
Pourquoi certaines entreprises solides échouent-elles à durer ?
Dans l’histoire économique récente, certaines entreprises parmi les plus puissantes de leur époque ont perdu leur position dominante non par manque de compétences ou de ressources, mais par difficulté à adapter leur modèle économique à des transformations profondes de leur marché.
Kodak en est un exemple emblématique. Bien que l’entreprise ait inventé le premier appareil photo numérique dès 1975, elle a longtemps hésité à l’exploiter pleinement, craignant de fragiliser son activité historique de films argentiques. Lorsque les usages ont basculé vers le numérique, Kodak n’a pas su rééquilibrer son modèle à temps et a déposé le bilan en 2012 (source : étude de cas universitaire sur Kodak, 2024).
Que révèle l’exemple de Nokia sur la résistance au changement ?
Nokia a connu une trajectoire comparable. Leader mondial du téléphone mobile au début des années 2000, l’entreprise a tardé à adopter une plateforme logicielle ouverte et un écosystème d’applications capable de répondre aux nouveaux usages des consommateurs. Malgré une puissance industrielle et financière considérable, cette inertie stratégique a conduit à la perte progressive de parts de marché, puis à la cession de sa division mobile en 2013 (source : case study Nokia, 2025). Ces deux exemples montrent que la solidité d’un modèle à un instant donné ne garantit en rien sa pérennité.
Pourquoi certaines entreprises ont-elles mieux résisté que d’autres ?
À l’inverse, Fujifilm, confrontée aux mêmes bouleversements technologiques que Kodak, a engagé une transformation progressive de son activité. En mobilisant ses compétences historiques en chimie et en imagerie, l’entreprise s’est diversifiée vers la santé, les matériaux et l’électronique, créant de nouveaux relais de croissance. Cette capacité à accepter des remises en question à court terme lui a permis de maintenir sa rentabilité sur le long terme (source : étude comparée Kodak–Fujifilm, 2025).
Quelles leçons concrètes pour les dirigeants de TPE et PME ?
Pour les créateurs et dirigeants de TPE ou PME, ces trajectoires illustrent un principe clé : la pérennité ne repose pas sur la préservation stricte d’un modèle existant, mais sur la capacité à en faire évoluer les équilibres. Dans un environnement où les usages, les attentes clients et les modèles économiques changent rapidement, refuser toute forme d’instabilité revient souvent à différer des décisions qui finiront par s’imposer plus brutalement. La pérennité se construit donc moins par la stabilité que par l’intégration progressive d’instabilités maîtrisées, permettant d’ajuster l’organisation, les ressources et les offres avant que le marché ne l’impose de l’extérieur.
L’évolution de la durée de vie des entreprises : un signal fort pour les dirigeants
La durée de vie des entreprises se réduit à mesure que les marchés s’accélèrent. Observer cette évolution permet de comprendre pourquoi la pérennité ne dépend plus uniquement de la solidité d’un modèle, mais de sa capacité à évoluer dans le temps.
Pourquoi la durée de vie des grandes entreprises diminue-t-elle ?
Sur plusieurs décennies, des analyses menées par des institutions comme McKinsey & Company montrent que la durée de vie moyenne des grandes entreprises cotées, en particulier aux États-Unis, s’est fortement réduite.
Historiquement, une entreprise du S&P 500 pouvait rester présente dans l’indice pendant plus de 60 ans au milieu du XXᵉ siècle. Aujourd’hui, cette durée moyenne est tombée à moins de 18 ans. Certaines estimations historiques plus anciennes évoquent même des durées supérieures à 75 ou 90 ans selon les périodes de référence (source : McKinsey & Company, étude sur la longévité des entreprises, 2023).
Ce recul statistique n’est pas anecdotique. Il révèle que même des organisations solides, bien établies et dotées de ressources significatives deviennent vulnérables si elles n’intègrent pas, en continu, l’évolution des usages, des technologies et de la concurrence globale.
Quels facteurs structurent cette réduction de longévité ?
Les analyses convergent vers plusieurs déterminants majeurs :
- Accélération des cycles d’innovation et de disruption : les technologies et les comportements des consommateurs changent plus vite qu’auparavant, rendant plus difficile la survie des modèles figés (source : IMD World Competitiveness Center, rapport sur la durabilité des entreprises, 2024).
- Concurrence accrue et globalisation : l’ouverture des marchés et l’intensification de la compétition internationale exercent une pression constante sur les entreprises historiques.
- Fusion-acquisition et renouvellement de secteurs : une entreprise peut quitter l’indice non pas parce qu’elle fait faillite mais parce qu’elle est rachetée ou fusionnée. Statistiquement cela compte comme une « fin » d’existence indépendante.
- Pressions financières de court terme : la focalisation sur les résultats trimestriels peut parfois limiter les investissements à long terme nécessaires pour s’adapter durablement.
Au fil de ces trajectoires, un constat s’impose : qu’il s’agisse d’innovation, de concurrence accrue, de fusions-acquisitions ou de pression sur la rentabilité, les entreprises qui parviennent à durer sont celles qui acceptent de se transformer pour s’adapter. A l’inverse, il semble risqué de privilégier trop longtemps la stabilité. L’entreprise risque de voir son modèle s’éroder, ses capacité d’investissement se réduire et entrer progressivement dans un cercle de fragilisation.
Qu’est-ce que cela signifie pour les dirigeants de TPE/PME ?
Un environnement plus volatil que jamais
La forte réduction de la durée de vie des grandes entreprises illustre une réalité plus large : la volatilité, l’innovation technologique et l’évolution des usages clients s’accélèrent. Cela ne frappe pas uniquement les géants cotés : les TPE/PME, souvent plus dépendantes de quelques clients clés ou de segments spécifiques, sont tout aussi exposées.
La capacité d’adaptation devient une condition de pérennité
La pérennité ne se construit pas uniquement sur des succès passés ou des avantages compétitifs historiques. Elle repose sur la capacité à :
- détecter les signaux faibles de changement,
- réallouer les ressources en conséquence,
- ajuster le modèle économique avant que le marché ne l’impose.
Un arbitrage permanent entre court terme et long terme
Acceptation d’instabilité maîtrisée (tests, innovation, réorientation progressive) ne signifie pas abandonner la rentabilité, mais plutôt préserver sa capacité à durer dans un contexte où rien ne reste immuable.
Instabilité subie ou instabilité choisie : un arbitrage stratégique pour durer
Toutes les entreprises sont confrontées à l’instabilité. La vraie différence ne tient pas à son existence, mais à la manière dont elle est abordée. Certaines la subissent lorsqu’elle s’impose de l’extérieur. D’autres l’intègrent volontairement, de façon progressive et maîtrisée, pour préserver leur capacité d’adaptation et leur pérennité.
Qu’appelle-t-on une instabilité subie ?
L’instabilité subie apparaît lorsque l’entreprise n’a plus de marge de manœuvre. Elle se manifeste par une perte structurelle de clients, une pression accrue sur les prix, une obsolescence brutale de l’offre ou une remise en cause soudaine du modèle économique. Dans ce contexte, les décisions sont souvent prises tardivement, souvent sous contrainte financière, avec peu de choix possibles. Les ajustements deviennent alors coûteux, désorganisants et risqués.
En quoi consiste une instabilité choisie et pilotée ?
À l’inverse, l’instabilité choisie repose sur une démarche volontaire. Elle consiste à introduire des changements limités mais réguliers : tester une nouvelle offre, ajuster un modèle tarifaire, explorer un nouveau canal de distribution, réorganiser une partie de l’activité ou investir progressivement dans de nouvelles compétences. Ces mouvements créent parfois des tensions à court terme, mais ils sont anticipés, mesurés et réversibles.
Pourquoi cette approche est-elle particulièrement adaptée aux TPE et PME ?
Contrairement aux idées reçues, les TPE et PME disposent souvent d’un avantage décisif : leur agilité. Elles peuvent expérimenter à plus petite échelle, décider plus rapidement et ajuster plus finement leurs choix. En intégrant l’instabilité comme un outil de pilotage, et non comme un risque à éviter, elles conservent une capacité d’adaptation que les organisations plus rigides perdent avec le temps.
Que doit retenir un dirigeant ?
Comment intégrer l’instabilité sans mettre en danger la pérennité de l’entreprise
Accepter l’instabilité ne signifie ni bouleverser l’entreprise en permanence, ni multiplier les initiatives désordonnées. Pour un dirigeant de TPE ou de PME, l’enjeu est au contraire de l’intégrer comme un levier de pilotage, au service de la rentabilité et de la pérennité. Cela suppose une approche structurée, progressive et adaptée aux ressources réelles de l’entreprise.
Par où commencer sans fragiliser l’équilibre existant ?
La première étape consiste à identifier où l’instabilité est utile et où elle serait dangereuse. Toutes les fonctions de l’entreprise ne doivent pas évoluer au même rythme. Le cœur opérationnel (production, livraison, relation client critique, …) doit rester fiable et stable.
En revanche, certaines zones se prêtent davantage à l’expérimentation : l’offre, le modèle tarifaire, les canaux d’acquisition, l’organisation commerciale ou certains processus internes.
Un dirigeant gagne à raisonner en périmètres limités plutôt qu’en transformation globale.
Quels types de changements peuvent être testés à faible risque ?
L’instabilité maîtrisée repose sur des ajustements progressifs. Parmi les leviers fréquemment mobilisés par les TPE et PME :
- tester une nouvelle offre ou un service complémentaire sur un segment restreint de clients ;
- expérimenter une évolution de prix ou de conditionnement sur une durée limitée ;
- ouvrir un nouveau canal de distribution sans abandonner les canaux existants ;
- réorganiser une partie de l’activité (commerciale, administrative, support) avant d’envisager une généralisation ;
- investir progressivement dans de nouvelles compétences plutôt que recruter massivement.
Ces démarches permettent d’apprendre rapidement, sans engager l’entreprise dans des choix irréversibles.
Comment piloter ces expérimentations dans le temps ?
L’erreur classique consiste à lancer des initiatives sans cadre de décision clair. Pour rester maîtrisée, l’instabilité doit être pilotée. Cela implique de définir en amont des critères simples : objectifs attendus, indicateurs de succès, durée du test, conditions d’arrêt ou de généralisation.
Le dirigeant conserve ainsi la capacité de décider, d’ajuster ou de renoncer sans remettre en cause l’ensemble de l’organisation.
Quel rôle joue la rentabilité dans ces arbitrages ?
Contrairement à une idée répandue, accepter l’instabilité ne signifie pas sacrifier la rentabilité. Au contraire, c’est souvent la baisse progressive de rentabilité d’un modèle figé qui empêche ensuite d’investir, d’innover ou de se transformer. Introduire des ajustements en amont permet de préserver des marges suffisantes pour financer l’adaptation. Certaines entreprises font d’ailleurs le choix d’investir une part significative de leur chiffre d’affaires en innovation ou en R&D, précisément pour maintenir cette capacité d’évolution.
Que faut-il retenir en une minute
Le point clé à retenir
La pérennité ne consiste pas à éviter l’instabilité, mais à choisir quand et comment l’intégrer. Les dirigeants qui acceptent cette logique conservent leur capacité d’action, là où ceux qui la refusent finissent souvent par la perdre.
FAQ complète
Parce que les marchés, les usages et les modèles économiques évoluent plus vite qu’auparavant. Une entreprise qui refuse toute forme d’adaptation finit par subir des ruptures plus brutales que celles qu’elle aurait pu anticiper.
Non. L’instabilité maîtrisée correspond à des ajustements choisis, limités et pilotés (tests, évolutions progressives). La désorganisation apparaît lorsque les changements sont subis, non anticipés et imposés dans l’urgence.
Elles disposent souvent de moins de marges financières, mais aussi d’un avantage clé : l’agilité. Leur capacité à décider vite et à tester à petite échelle leur permet d’intégrer l’instabilité plus efficacement que les grandes structures.
Pas systématiquement. En revanche, il devient indispensable de tester régulièrement des évolutions : nouvelles offres, services complémentaires, ajustements tarifaires ou organisationnels.
En ciblant des périmètres précis, en fixant des objectifs clairs, des indicateurs simples et des conditions d’arrêt. L’objectif n’est pas de tout transformer, mais d’apprendre et d’ajuster avant que le marché n’impose le changement.
Parce qu’un modèle dont la rentabilité s’érode limite progressivement la capacité d’investissement, notamment en innovation. L’entreprise entre alors dans un cercle de fragilisation difficile à enrayer.
Le dirigeant arbitre entre sécurisation du présent et préparation de l’avenir. Sa capacité à accepter des remises en question progressives conditionne directement la pérennité de l’entreprise.



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